BRUXELLES À L'HEURE ANGLAISE.Il arrive que les arbres cachent la forêt... La « British Week » (une semaine qui, avec ses préludes et ses prolongements, en vaut presque deux...) nous vaut à Bruxelles, même dans le seul domaine du spectacle, un tel afflux de manifestations annoncées isolément ou par séries, que l'on risque de s'y perdre et de manquer des choses particulièrement intéressantes. Officiellement, la semaine s'inaugure à l'Opéra National par la visite du « Sadler's Wells Opera », qui présentera, avec ses effectifs propres, deux oeuvres majeures, que l'on n'avait guère entendues en Belgique jusqu'ici. « Gloriana », de Benjamin Britten, créé en 1953 à Covent Garden pour les fêtes du couronnement d'Elisabeth II, évoque dramatiquement la vie d'Elisabeth I et n'avait plus été monté depuis 1954 lorsque le « Sadler's Wells » le fit remettre en scène en novembre de l'année dernière par Colin Graham.
Les représentations de Bruxelles seront dirigées par Marin Bernardi avec, dans les rôles principaux Sylvia Fisher, John Wakefield, Shirley Chapman, Gerwyn Morgan, Milla Andrew et Eric Stannard. On considère « Gloriana » en Angleterre comme l'une des plus riches partitions de Britten. Quant à « From the House of the Dead (Souvenirs de la Maison des Morts), que Leos Janacek a tiré lui-même de l'œuvre (partiellement autobiographique) de Dostoïewsky, et qui sera également mis en scène par Colin Graham, etc dirigé musicalement par Roderick Brydon (avec Neil Easton, Margaret Neville, Jon Andrew, Gregory Dempsey, Denis Dowling, etc...), c'est l'ultime des dix opéras écrits par le grand compositeur morave encore si méconnu. Il l'acheva peu avant sa mort en 1928 et ne le vit jamais à la scène (création en 1930). Dans un langage musical extraordinairement moderne et personnel, Janacek y traduit intensément un drame qui, dès 1850, évoque l'univers concentrationnaire de la dernière guerre ; et cela avec une grandeur et une chaleur humaine qui ne peut laisser personne indifférent. Aux Beaux-Arts, les deux représentations en langue originale de «Roméo et Juliette », par le « National Youth Theatre », qu'anime Michael Croft, apporteront un parfait exemple de la façon dont les jeunes comédiens et réalisateurs britanniques conçoivent un Shakespeare à la fois fidèle à son époque et éternel dans ses thèmes d'inspiration.
Les amateurs de musique n'auront garde de manquer le concert donné le 5 octobre par le London Symphony Orchestra, sous la direction d'Istvan Kertesz, et avec le concours d'une des plus remarquables cantatrices britanniques actuelles : Janet Baker. | 
La princesse Margaret à Bruxelles. Outre les « Variations et fugue sur un thème de Purcell » de Britten, et la Symphonie n° 4 de Brahms, on y entendra l'un des plus hauts chefs-d'oeuvre de Mahler les poignantes «Kindertotenliedern ». Sans entrer dans le détail du Programme, SoulignONS que la série « Modern British Theatre and Poetic Show » que patronne « Kunst- en Cultuurverbond » est le panorama le plus complet et le plus attachant, jamais proposé à Bruxelles, du jeune théâtre britannique, dans ses manifestations les plus typiques, les plus actuelles : celles qui permettent le mieux de juger de l'influence qu'il exerce sur l'art dramatique contemporain. Il est impossible de détacher un titre des six spectacles annoncés ; tous ont leur physionomie et leur importance.
Enfin, il serait injuste de ne pas rattacher à la Semaine Britannique le spectacle « Humour et Pop Music au Marquee Club de Londres » que nous propose, pour sa réouverture, le Théâtre 140.
Manfred Mann est une des vedettes anglaises les plus populaires de l'heure : son groupe, Denny Laine et Sandy Danny constituent un parfait exemple de ce que l'Angleterre actuelle apporte à l'art populaire du music-hall, qui reste — on l'oublie trop souvent — l'art des grandes foules. |